Contre les poètes

2 avril 2007

Pour mon anniversaire, je me suis offert, entre autres, Contre les poètes de Witold Gombrowicz.

C’est un compte-rendu de conférences données sur la poésie, plus précisément sur la poésie lyrique, celle écrite selon la règle classique des vers qui riment.

Je vous jure que, comme lecture de défoulement face à l’écoeurement théorique, il ne se fait pas mieux.

Pour ceux qui connaissent un peu cet auteur polonais, sachez qu’on retrouve dans cet essai la même prose mordante, voire agressive, qui lui est propre, le même pétillement de modernisme que l’on sent dans ses romans, surtout quant à la vision qu’il propose de l’artiste, de celle qu’on devrait accorder à l’art littéraire en société, etc., et le même humour quasi sauvage à l’égard de ses détracteurs (qui sont très, très, très nombreux).

De plus, j’éprouve, depuis un bout de temps, un malaise croissant face à la poésie lyrique, et il est tout à fait à propos de lire cet ouvrage qui réussit à mettre des mots (quoique parfois un peu virulents) sur ce sentiment que je n’arrivais pas vraiment à définir. (Évidemment, pour moi, tout ce processus exclut la poésie de Nelligan, pour plusieurs bonnes raisons dont je n’ai pas envie de parler pour l’instant.)

Bref, pendant que je me délecte de ce chef-d’oeuvre contestataire et contesté, je ne lis pas la théorie psychanalytique du langage de Lacan, donc, ma santé mentale ne peut que mieux s’en porter.

Pour vous résumer un peu la vie de Gombrowicz, sachez qu’il est né en Pologne en 1904, et que peu avant la IIè GM il s’est embarqué pour l’Argentine, pays dans lequel il vivra en exil durant vingt-cinq ans. Vivant avec des moyens financiers précaires (pour ne pas dire inexistants), il se refusa à effectuer quelque modification que ce soit à sa littérature, comptant sur la générosité de certains bienfaiteurs et usant de stratagèmes pour lui permettre de manger dans les périodes les plus creuses. Interdit de publication en Pologne communiste, il réussit tout de même à se forger une réputation d’écrivain incontournable, par l’entremise d’une revue littéraire (Kultura), éditée à Paris. Il devint mondialement reconnu, et autant détesté qu’admiré pour ses positions farouchement progressistes/polémistes. En trois mots: un vrai écrivain.

Je vous conseille donc fortement la lecture de ses deux oeuvres majeures, à savoir Ferdydurke et Trans-Atlantique.

Pour ce qui est de La pornographie, Cosmos, et de son Journal (publié en deux tomes), je suis toujours ouvert aux cadeaux offerts en retard pour mon anniversaire.

Je vous laisse sur un petit extrait de Contre les poètes.

“Pourquoi est-ce que je n’aime pas la poésie pure? Oui, pourquoi? Mais pour la simple et même raison qui fait que je déteste le sucre à l’état pur! À quoi sert le sucre? Mais à sucrer notre café, et l’on ne saurait vraiment le manger à pleine cuillerées comme une quelconque semoule… Ce qui lasse dans la Poésie pure, c’est l’excès de poésie, oui, la pléthore de paroles poétiques, de métaphores, de sublimation, – bref, l’excès de condensation- qui épurent ces textes de tout élément anti-poétique et dont l’accumulation fait finalement ressembler le poème à un produit chimique”

C’est joli, non?


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3 Comments Add your own

  • 1. Mariane  |  2 avril 2007 at 3:03

    haha, j’adore.

    mais j’attends toujours.

  • 2. Adrie ou newmontrealaise  |  2 avril 2007 at 10:56

    Depuis le temps que tu me parles de cet auteur, il faudra que je lise une de ses oeuvres. (pendant l’été…)

    Alors en réponse à cette plaidorie , la défense affirme : “pourquoi manger du sucre pure? et bien parce qu’en morceaux, ils sont agréables à manger. Certains adoptent même des formes vraiment drôles (collection jeu de cartes, pique, coeur , carreau et trèfle). Alors la poésie pure a quand même un attrait ; sa forme si elle est originale. ”

    Mais du coup, que penser du sucre roux, dit aussi cassonade? Doit-on le traiter comme du sucre normal, alors qu’il n’a pas le même gout?
    Lui, il est la poésie pure qu’on aime celle dont le contenu est exotique, inconnu de nous mais qui nous donne envie de lire de la poésie pure.

    Imaginez quand il est en petits morceaux de formes originales! encore mieux! de quoi vous faire aimer la poésie.

  • 3. chuck  |  11 avril 2007 at 7:38

    man tu vas tu updater ton crisse de blog

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